intervention Mr Le Tacon

Intervention de Mr Le Tacon, directeur de recherche émérite du centre INRA de Nançy



La reproduction sexuée de la truffe noire du Périgord


Préambule

Une truffe est un corps fructifère constitué d’un tissu maternel haploïde (un seul jeu de chromosome), d’un tissu ascogène diploïde (deux jeux de chromosomes) issu de la fusion des génomes haploïdes maternels et paternels et constituant le sporophyte, d’asques contenant des ascospores haploïdes.

 Les mycorhizes sont haploïdes et proviennent du mycélium issu de la germination des ascospores. Ce sont des gamétophytes produisant des gamètes femelles (ascogones) et des gamètes mâles (anthérozoïdes). a conjugaison entre gamètes mâles et femelles nécessite deux types compatibles MAT 1 et MAT-2 appelés en anglais mating types (types de conjugaison) et plusieurs étapes.

Les jeunes plants truffiers commercialisés ont en moyenne 50% de mycorhizes de type MAT-1 et 50% de mycorhizes de type MAT-2.


Analyse de l’évolution des génotypes et des mating types  pendant 4 ans dans une truffière  de 25 ans à Rollainville, Vosges

Les mycorhizes et les tissus des truffes voisines ont le même génotype maternel et le même mating type. Les deux mating types s’excluent l’un l’autre au niveau des mycorhizes et donc des ascocarpes et forment de zones individualisées où un seul mating type est présent sur les mycorhizes.

Les deux mating types sont présents dans le sol des zones fructifères. Le mating type présent sur les mycorhizes et dans les tissus maternels des truffes est plus abondant dans le sol que le mating type opposé.

La majorité des génotypes maternels des truffes sont fugaces. Ils sont issus des ascospores ayant formé de nouvelles mycorhizes, n’occupent qu’une petite surface et ne produisent en général qu’une truffe.

Quelques génotypes survivent plusieurs années en  association avec les mycorhizes et au moins quatre ans. Ces génotypes maternels résidents peuvent avoir une surface de plusieurs m2 et peuvent produire plusieurs truffes (jusqu’à 20). Les génotypes maternels fugaces représentent en moyenne 80% des génotypes présents, mais n’assurent la production qu’entre 44 et 79% suivant les années.

Comme pour les génotypes maternels, les génotypes paternels des truffes sont soit fugaces, soit résidents. Mais contrairement aux génotypes maternels, les génotypes paternels résidents ont une vie saprophytique, peut-être aussi en association non symbiotique avec des plantes accompagnatrices.

Les nombreux génotypes paternels fugaces (90% des génotypes) n’apparaissant que dans un seul ascocarpe et seulement une année proviennent du mycélium haploïde issu de la germination des ascospores et jouant le rôle d’éléments males.

Les génotypes paternels résidents saprophytes, détectés sur plusieurs ascocarpes la même année ou des années différentes, peuvent avoir plusieurs origines : mycélium issus de la germination des ascospores, anthérozoïdes produits par les mycorhizes, mitospores (non découvertes à ce jour chez la truffe noire du Périgord).


Tentatives de reconstitution du cycle sexué en truffière artificielle en fonction du temps

Les jeunes plants jusqu’à au moins trois ans possèdent des mycorhizes des deux mating types. L’exclusion d’un mating type par l’autre se met en place probablement à partir de 4-5 ans au niveau des mycorhizes, ce qui ne permet plus le déclenchement de la fructification. La fructification ne peut être déclenchée que si des éléments mâles de mating type opposé sont apportés de l’extérieur de  la zone d’exclusion, soit par la faune du sol, soit par le travail du sol.

Après la première fructification, le processus s’auto entretient soit par multiplication végétative des éléments mâles de mating type opposé à celui des mycorhizes, soit par les ascospores résiduelles dont le mycélium joue le rôle d’éléments mâles.

Conclusions pratiques

Il est nécessaire de travailler le sol superficiellement le plus tôt possible après la plantation afin de favoriser la dispersion des éléments mâles d’une zone de mating type déterminé à une autre de mating type opposé. Une autre solution est d’ensemencer le plus vite possible le sol après plantation avec des ascospores afin de contrecarrer la disparition d’un des deux mating types au niveau des mycorhizes.

Pour maintenir le système productif au meilleur niveau lorsque la fructification a commencé, il apparaît judicieux de laisser chaque année dans le sol une partie des ascocarpes ou de réensemencer avec des ascospores.


Ont participé à ce travail, dans le cadre de Systruf  et du Laboratoire d’excellence ARBRE : Herminia De la Varga, Flora Todesco, Emila Akroume, Torda Varda, Aurélie Deveau, Andrea Rubini, Claudia Riccioni, Beatrice Belfiori, Christophe Robin, Fabien Halkett, Francis Martin, Francesco Paolocci , François Le Tacon, Claude Murat.


 



 


 Schéma possible du cycle sexué de la truffe noire du Périgord